Los Tres Puntos
Los Tres Puntos ou comment redonner du sens à la vie…
Aujourd’hui tout est simple, mais tout est compliqué en même temps. Les avions à réaction, l’Internet haut débit, la génétique, le GPS dans les voitures, et les autres technologies dont je n’ai aucune idée… Et bien, tous les jours nous les utilisons, et nous ne nous posons pas trop de questions…
On se dit : « facile quoi ! ». Pour utiliser un avion, il suffit de commander un billet et le tour est joué ; pour manger des tomates génétiquement modifiées : zou ! un tour à Carrouf et le tour est joué ; pour aller se renseigner via le world wide web sur les techniques hindous de culture de l’artichaut : j’appuie sur le bouton power de mon PC, un coup de google et le tour est joué ; pour aller chez Tante Yvonne qui habite dans le fin fond du Cantal alors que j’ai perdu toutes mes cartes : un coup de GPS et le tour est joué !
Mais d’un autre côté, alors qu’il y a moins de cent ans on n’était incapable d’imaginer que tout cela allait exister, le boulanger gagnait sa vie en vendant du pain qu’il fabriquait lui-même, la crémière faisait ses petits yogourts, Jo le roi du poulailler vendait des beaux petits poulets au boucher qui nous les préparait, etc. Et nous, on savait parfaitement d’où venait et comment était produit ce que l’on consommait... Alors qu'aujourd'hui: mystère et boule de gum !
Pour la musique, c’est tout pareil… Avant, les supports d’écoute, tels les cassettes, les vinyles, les Compacts Disques, et encore moins le mp3 n’existaient pas. Et bien, les musiciens trouvaient pourtant le moyen de gagner leur pain : il faisait des spectacles, des concerts, bref ils se montraient en public ! Aujourd’hui, d’une part les lieux de vie dans nos quartiers ont été remplacés par des banques et des centres commerciaux transformant nos banlieues en quartiers fantômes. Et d’autre part, il n’y a d’yeux que pour les musiciens qui passent dans la presse, à la radio et à la télé, alors que tous ces médias sont détenus à la quasi-totalité par Vivendi, Bouygues et Lagardère. Traduction : pour passer à la radio, à la télé, ou dans la presse mieux vaut être produit par l’une de ces trois entreprises quand on est un groupe de musique français.
Heureusement, il y en a, qui malgré la promesse d’un vie sans étoile ni jet set, redonnent au métier de musicien ses lettres de noblesse. Los Tres Puntos, qui existe depuis octobre 1995, en est un furieux exemple ! Ils auraient très bien pu se faire produire et distribuer par des soit disantes maisons de prod’ et de distribution alternatives. Non ! Eux, tout ce charabia économico-compliqué, ils n'en ont rien à foutre. Avant d’être des professionnels de la musique, ils sont un groupe d’amis, qui au fur et à mesure des années a vu certains s’en aller et d’autres apparaître, dans une sainte ambiance semblerait-il, puisqu’ils sont encore sur les scènes de France et de Navarre pour leur dernier album « 10 ans ferme ».
Petite anecdote :
Quand, à la fin d’un concert tu vas les voir tout peuno pour leur avouer que tu les kiffes tellement que tu as téléchargé tous leurs albums sur emule… Ils te répondent d’un sourire en te faisant comprendre que la musique n’appartient à personne ! Donc, premier indice : un vrai musicien ne devrait pas attendre d’avoir vendu 15 000 albums à 20 € pièce pour ne récolter que 15 000 €, car en fait il y a 6 € qui reviennent à la maison de prod, 7 € pour la maison de distribution et 6 autres pour la Fnac. Non ! Eux, c’est plus de 50 concerts par an avec des places à moins de 10 € (ça change de Bigart ou Jennyfer à 50 € aux Zenith). Leurs CDs, ils te les vendent à 10 € pièce !!! Et quand tu t’appelles Mr R, qu’il ne te reste que 18 € sur toi, alors que tu voulais corps et âmes avoir leurs 2 derniers albums « Si oh » et « Aficionados », et bien ce n’est pas grave, 18 € ça passe… Et ce n’est pas à Virgin qu’on verrait ça !
Bref, tout ça pour vous dire que la musique et notre société n’ont pas dit leur dernier mot ! Que l’industrie a certes un monopole apparent, mais qu’en fait, derrière les recoins cachés de notre société déshumanisante, se cachent des boulangers, des agriculteurs, des crémières, des musiciens, et bien d’autres qui redonnent du sens à la vie…