Batman Begins
ou l’histoire du combat du capitalisme du bien contre le capitalisme du mal…
J’avais commençé à élaborer une sorte de théorie sur le capitalisme (suite aux commentaires que j’avais échangés avec Thieum sur le sujet)… Mais, malheureusement, je m’autocensure : trop technique, trop politique, bref trop barbant. C’est quand même malheureux, que je n’ose pas poster le fruit d’un long travail juste parce que je n’ose pas vous gonfler, chers lecteurs… C‘est pas grave : je décide de garder ces idées pour moi.
Mais voilà, qu’au détour d’un rayon du vidéo-club, je tombe nez à nez avec un linéaire de 5 mètres longs et au moins deux mètres de haut de « Batman Begins ». Face à cette puissante action de merchandising (= mise en valeur d’un produit dans un lieu de vente), je ne pouvais rester blême. Non, le marketing m’a pris par derrière, et m’a poussé à prendre un DVD mis gracieusement à ma disposition pour une location. Allons bon, une bonne grosse dobe hollywoodienne ça ne fait pas de mal de temps en temps, me disais-je à ce moment là.
Et, patatras ! En fait, ce film mérite le détour. Je m’explique…
Quel peut bien être le rapport avec mes théories à endormir un mec sous coc’ et « Batman Begins ». C’est simple, ce film est l’apôtre de ma théorie révolutionnaire, qui me semble aujourd’hui inévitable si l’on veut changer quelque chose au monde. C’est simple en fait. Batman, dans ce film, se veut être un pauvre petit nenfant qui a perdu ses parents tués par un méchant voleurs à la sauvette. Son père était le maître d’un empire économique. Sa philanthropie, sans égal, faisait de Gotham city, une ville où il faisait bon vivre, où politicien et chefs d’entreprises travaillaient main dans la main pour améliorer le quotidien des citoyens gothamiens, par exemple en construisant un superbe métro aérien tout propre tout beau… Avec la mort de cet homme, l’ombre du « mal » s’abat sur Gotham, avec Falcone, un méchant chef d’entreprise, qui reprend le contrôle de la ville. Bruce Wayne essaie de reprendre l’empire Wayne de Mr. Wayne, son défunt père, mais il n’y arrive pas. Alors, tout a fait naturellement, il décide d’aller vivre une vie de chien en Asie, jusqu’à devenir super Ninja de l’ordre des Ninjas de l’ombre. A la fin de sa formation, ils butent tous ceux qui lui ont tout appris parce qu’en fait ce sont des méchants… et décide de retourner à Gotham. Et là, il est face à un monde pas trop irréel : les chefs d’entreprises sont avares d’argent et de puissance, la police, la justice, et les politiques sont corrompus par ces mêmes chefs d’entreprises… Gotham est devenue un peu comme notre société, mais en plus effrayant. C’est là que Bruce Wayne (Batman) décide de travailler dans l’entreprise de son père pour se fournir en matériel hyper-technologiquement avancé (même pas acheté par l’armée tellement c’est cher) et d’en faire le matos de Batman !!! (A ce moment là, vous êtes tous vénères parce que je vous ai raconté la moitié du film… Mais ne vous inquiétez pas, je n’ai pas fini !)
Déjà, l’acte d’utiliser une entreprise comme arme contre le « mal », est significatif des moyens d’action qu’il reste à Gotham city pour vaincre le « mal ». Mais on peut se demander si ce n’est pas la seule solution dans notre société (réelle). Surtout quand les hommes d’affaires et/ou politiques puissants ne sont condamnés que toutes les éclipses de Lune pour 3 mois de sursis. Et bien on se dit que dans nos sociétés, il nous faudrait peut être un Batman… Pourquoi pas le fils de Dassault, qui après avoir perdu son père, tué par de dangereux Essonnien qui erraient dans la rue, reprendrait l’entreprise de son papa. Il pourrait faire en sorte que les rédactions de tous les journaux détenus par son feu père ne soient plus de connivence avec les politiques et les entreprises du CAC 40 qui diffusent « le mal » partout. Il pourrait faire en sorte que les armes de guerre produites par ses usines ne soient plus vendues à des dictateurs en tout genre, etc… Bref faire régner le « bien » dans l’entreprise de son père… Stop ! Tout ça est du délire, et y’a que dans « Batman Begins » que ça peut arriver.
Et oui, c’est fou comme la vie à Gotham ressemble à notre vie. Nos cités sont, malheureusement, de moins en moins dirigées par nos élus – qui d’ailleurs ne contrôlent plus grand chose à part la législation, quand elle n’est pas soumise au respect des exigences des lobbys industriels – mais par ces investisseurs-décideurs qui maîtrisent le capital ou la gouvernance de nos énormes entreprises.
Revenons-en à Batman, c’est plus excitant… Donc, où en étions nous… Ah oui… Batman réussit à sauver la ville du mal, et surtout du super méchant qui allait déverser un poison terrible sur tout Gotham. Petite précision : bien que la plus grande partie de la ville - pauvre de surcroît – ait été complètement dévastée par le poison, on a quand même l’impression que le film se finit bien. Normal, les quartiers riches et la place financière ont été sauvegardés… c’est ce qu’on appelle sauver la ville en langage humain. Et, à la fin, il décide de reprendre l’entreprise de son père pour améliorer le devenir de Gotham. Pas de bol, le Capital de l’entreprise a été vendu en bourse et la famille Wayne est désormais minoritaire au Conseil d’Administration. Cette partie là, je suis sûr que la moitié des gens qui a regardé le film ne la comprend pas vraiment, mais ce n’est pas grave. La Société Anonyme cotée en bourse, aujourd’hui, c’est passé dans notre culture commune, un peu comme le Big Mac, on sait pas comment c’est fait, mais tout le monde le connaît. Bref. Tout problème a une solution : Bruce, alias Batman, rachète les parts, redevient majoritaire et auto-proclame un pote PDG de la boîte. Rien de surnaturel.
Alors, à vous, faux rebelles à votre insu, qui pensez que l’on peut changer notre vie grâce à la démocratie, ou qui attendent la vraie, la grande, pas du tout utopique, révolution qui permettra que tout le Monde soit beau et gentil… je vous dis : arrêter de mitonner vos petits rêves autour d’un joint ou avec vos potes, vous me faîtes gerber !
Aujourd’hui pour avoir une vraie action positive sur notre monde pourri, c’est tout simple, il suffit de se cotiser et de racheter les parts des multinationales qui bousillent notre planète… On en prend le contrôle total – comme ça, pas de problème d’actionnaires, de croissance, de dividendes et de toutes ces conneries - et on s’impose comme unique objectif de pérenniser l’activité et de faire le bien autour de nous. Un peu comme Batman. Facile quoi…
