OPEN WATER - Aimez-vous l'océan
Aimez-vous l'océan?
La plage, son sable chaud et son lot de bikinis (et de blaireaux), bien sûr me direz-vous. Mais aimez-vous réellement l'océan, celui qui quand vous êtes en son sein vous prouve que vous n'êtes qu'une poussière insignifiante ballottée aux quatre vents selon son humeur, celui qui vous offre comme spectacle un avant-goût de l'infini, s'étendant à perte de vue dans sa mobilité liquide ou encore, celui qui par sa surface nous cache un univers totalement original composé d'une vie grouillante soumise à la pire des sélections naturelles.
Chez moi, la fascination qu'il procure n'a d'égal que la peur viscérale qu'il réveille lorsque j'y suis immergé, et ce même à trois mètres de la plage et de son sable chaud.
Il m'est arrivé une fois lors d'une sortie en voilier de sauter dans l'eau alors que les côtes étaient à peine visibles. J'ai marqué une légère hésitation, calculant les risques encourus genre "océan = jungle peuplée de bêtes véloces et affamées" et "homme dans océan = masse de chair comestible à mobilité réduite", mais j'ai quand même sauté. Autant vous dire que je les avais serrées au moment de ma chute (t'es con!, t'es con !, t'es con ! furent les seules pensées objectives qui me vinrent à l'esprit). Puis vint le moment où mon corps s'engouffra dans cette masse liquide accusant une température inconvenablement froide accompagnant avec lui de nombreuses bulles d'air qui en se hâtant dans leur ascension provoquèrent un millier de caresses effervescentes. C'est alors que j'ai vu tout ce noir en dessous de mes jambes, ce fut... vertigineux! Je ne me maîtrisais plus, une peur insondable tel mon environnement me submergea, mon imagination voyant au-delà des ténèbres des formes plus inquiétantes encore.
Il est difficile de décrire ce gigantisme, ainsi que l'agoraphobie qu'il occasionne. J'ai donc regagné la surface le plus vite possible avec la désagréable impression d'avoir les dents de la mer aux fesses, puis, suis grimpé sur le bateau non moins vite, abhorrant cependant un visage des plus impassibles pour que ma famille à bord ne se foute pas trop de ma gueule (c'est vrai quoi, j'ai ma fierté).
C'était donc avec un intérêt non feint que quelques années plus tard je louais Open Water au vidéo club, dont le sujet semblait simple mais efficace : après s'être inscrit pour la visite d'un récif corallien au large des Bahamas un couple de plongeurs amateurs, suite à un "léger oubli", se retrouve abandonné en plein océan...... moi qui ai failli clamser de peur lors d'une immersion de 5 secondes je fus curieux de savoir ce que l'on pouvait ressentir quand on flotte au-dessus de plusieurs milliers de mètres d'inconnus, et ce pour une durée indéterminée. Le sujet du film tenant en si peu de choses, je ne peux malheureusement pas vous en dévoiler plus... à part le fait que la tension et l'horreur montant crescendo ont condamné un de mes caleçons à finir ses jours dans une poubelle.
Cependant, n'allez pas vous imaginer que cette production est exempte de défaut. Tout d'abord, il faut noter le style "j'ai pas de tunes pour faire mon film", donnant à l'ensemble des faux airs blairwitchien (on aime ou pas, moi je m'en tamponne). Ajoutez à cela des scènes d'un ennui mortel lors du prologue, des personnages secondaires manquant à tout moment de passer aux travers des lattes du pont tellement ils sont plats (tant pis, ils n'apparaissent que 10 min à l'écran), quelques incohérences scénaristiques et vous obtenez un petit film sans prétention, à part celle de vous faire frémir, ce qu'il réussit avec brio.... selon moi.
De plus ce genre de films propose une alternative remarquable aux blocbusters habituels en nous prouvant que la débauche d'effets visuels n'est pas un impératif pour transmettre des sentiments aux spectateurs.... mais non Georges revient, te vexe pas, il était bien ton épisode 3.... niveau dialogue, c'était le meilleur épisode des "Feux de l'Amour" qu'il m'ait été donné de voir...hum.
Saï
OPEN WATER
(en eaux profondes)
USA - 2003 - 80 minutes
Réalisé par : Chris Kentis
Producteur : Plunge Pictures LLC
Scénario : Chris Kentis
Photo : Chris Kentis & Laura Lau
Musique : Graeme Revell
Effets spéciaux :
Avec : Blanchard Ryan, Daniel Travis, Saul Stein, Estelle Lau, Michael E. Williamson