le nouvel ordre du déclin social
Après trois bons mois passés à plier des barres de métal pour 1000 euros par mois (plus les congés payés et les primes de fin de contrat). Votre envoyé spécial en direct de l’Usine AFBA Domène vous propose un petit point de vue, le plus éclairé possible, de ce à quoi ressemble les PMI (camouflées) dans notre cher pays des droits de l’Homme.
Présentation de l’Exploitation. AFBA est une petite Usine qui fait de la transformation de fil métallique (bobines de 6T) en différents produits plus ou moins finis, utilisés dans l’armature du béton (de nos aéroports par exemple). C’est une moyenne industrie d’une quinzaine d’employés (une petite dizaine à la production), mais tournant également avec une bonne vingtaine d’intérimaires, qui appartient à un grand groupe (des 10 plus gros de la sidérurgie française).
Ici des conditions de travail à peu près normales, l’équipe de production tourne en trois huit (5h-13h, 13h-21h, 21h-5h, sans prime pour la nuit), le travail est éprouvant, et les salaires bas (normal c’est la crise), même quand l’ouvrier approche la retraite. Les conditions de pause et d’hygiène sont détestables voir inhumaines, pas de salle de repos, juste une table bancale, toujours sale et couverte de déchets, et deux chaises pourries, au milieu de l’usine, entre le bureau du patron et la pointeuse (comme ça on le vole pas!) avec les soudeuses et disqueuses qui tournent à proximité, bonjour le calme ! Les sanitaires qui sont partagées avec le personnel de l’usine d’à coté (appartenant à la même filiale) sont plus que crades et puent irrémédiablement la pisse et la merde. Alors imaginez quand l’entreprise d’a coté, chargée de s’occuper du nettoyage, est en congé pendant un mois…. Les chiottes de trainspotting, c’est le Ritz à coté.
A cette époque, le big boss (1m65 et
C’est d’ailleurs, pour l’anecdote, ce même personnage, ancien militaire chargé de maintenir l’Allemagne («Ce beau pays, si propre, que l’on ne reconnaît plus depuis la réunification ») sous surveillance et ayant fait une si belle carrière que la retraite lui fut proposée à quarante ans, ce même personnage donc, qui, regardant notre table de repos si sale, alors que les bureaux des « cadres de l’usine » venaient d’être nettoyés par l’ami Elis, s’exprimait ainsi « CE SONT BIEN CEUX QUI NE MANGENT PAS DE COCHON QUI SE CONDUISENT COMME TEL », tout fier de son rascisme et de sa sensation de supériorité envers l’équipe de production à 75% arabe, absente à ce moment, si finement affichée.
Mais, pour en revenir au fonctionnement de notre usine, s’il apparaît clairement que la direction ne tarit pas d’effort pour économiser sur le bien-être de ses ouvriers-chiens, la production (et surement la rentabilité, mais on ne m’a pas donné accès aux comptes) n’est pas des plus exemplaires. Le patron vous dira certainement que c’est la faute de tous ces fainéants de machinistes et mécaniciens qui passent leurs journées à se gratter les couilles dès qu’il a le dos tourné, mais c’est aux trois quarts faux. En fait, la formation des intérimaires est nulle (parfois deux nouveaux au même poste), même certains cadres le sont. La rentabilité immédiate prime (certaines machines tournent de travers et font des produits complètement pourris « neufs », mais personne ne décide de les arrêter une journée complète pour les réparer). Le client est méprisé (les produits défectueux sont camouflés et les tests de qualités « NF » faits par-dessus la jambe, pas étonnant que des constructions neuves se cassent la gueule). On imagine mal comment une entreprise comme ça peut continuer à exister.
Vous allez dire qu’il faut appeler les organismes publics chargés de faire respecter les lois du travail, les normes de qualité… Mais cela a déjà été fait de nombreuse fois et…..rien, personne n’est venu voir.
Dans l’usine pas de syndicat, comme dit le patron « si quelqu'un n’est pas content, la porte est grande ouverte ». Les gens en sont réduit à aller voir la boite d’intérim pour signaler les problèmes et devinez quoi : cette usine est son plus gros client !
Un jour un des meilleurs ouvriers a quitté son poste parce qu’il ne se sentait pas bien, le patron est venu demander à son collègue ou il se cachait, l’autre à répondu qu’il était parti parce qu’il avait mal à la tête, ce à quoi le patron à répondu, aigri mais fier : « il avait pas plutôt mal au cul pour aller se faire enculer ! ». On vous laisse imaginer le niveau de supériorité intellectuelle du keum. Le pire c’est que ce mec est malin et que devant chacun individuellement, il fait genre : « je sais que toi tu vaut mieux que les autres, alors continue de me le prouver et tu seras récompensé ». Mais en fait WALOU.
Vous pouvez tous être certain que les mecs à la tête de cette boite sont persuadés que les méthodes qu’ils utilisent sont les meilleures pour être compétitifs sur un marché surconcurentiel, ou les pays du tiers monde (arabe, noish et roumains) sont prêts à nous bouffer. Ca fait chier et j’espère qu’ils ont tord et que leur boite va se casser la gueule et que les ouvriers trouveront un meilleur travail….malheureusement c’est pas gagné.
Je pourrais en écrire encore des pages sur c’t’usine de merde, mais je veux finir sur un point positif. Dans le décor que je vous est décrit (on pourrait se demander comment les gens font pour tenir et y a sûrement plein de raisons), je peux vous dire que les différents ouvriers, jeunes pour la plupart, gardent les yeux bien ouvert face aux conditions qu’ils endurent, mais savent également entretenir entre eux une ambiance sereine et amicale, ce qui n’est peut être pas le cas dans les banques ou les compagnies d’assurance.
Mat