Libre Expression

Publicité

Actus, coups de gueule, cultures alternatives, musiques, d'une association éclectique et revendicatrice !


AHhhhhhhhhhhh Eclectrip !








Lundi 27 février 2006


La logique mortifère du libéralisme

Si les tendances actuelles se prolongent, si nous n'arri­vons pas à réduire rapidement nos gaspillages d'éner­gie, nous savons maintenant en toute certitude que la température sans cesse accrue va perturber tous nos climats, donc toute l'agriculture ; tandis que les pluies acides mena­ceront de plus en plus nos écosystèmes aquatiques et fores­tiers. Le réchauffement consécutif des masses d'eau de mer va les gonfler ; en y ajoutant la fonte des glaces polaires, cela élèvera le niveau des océans, menaçant toutes les installa­tions portuaires du monde, toutes les basses vallées et toutes les zones côtières où vit le tiers de la population mondiale.

Si les géologues estiment que la « civilisation des dinosau­res » a dominé notre planète pendant cent soixante-dix mil­lions d'années, il devient de plus en plus improbable que la civilisation de l'homo sapiens puisse se prolonger au-delà de quelques siècles, sinon de quelques millénaires. La seule chance d'une survie plus prolongée exige impérieusement le rejet inté­gral de notre civilisation de gaspillage ; donc du libéralisme éco­nomique, sur lequel elle se fonde et par lequel elle se justifie.

Le coût d'extraction d'un baril de pétrole en Arabie Saoudite, après 1920, était des plus modestes, parfois de quelques cents. Et ce fut une base primordiale de la fixation du prix du carburant, la définition de son « prix de revient ». Ce qui a incité à un invraisemblable gaspillage d'une res­source fossile non renouvelable et finalement aussi rare que le diamant, si on se place à l'échelle mondiale et à l'échelle historique de nos besoins, et de ceux de tous nos descen­dants. Les pays riches ont accaparé ce pactole, et le système économique qu'ils ont réussi à imposer sur notre « petite planète » leur permet de le gaspiller sans vergogne.

Ce gaspillage n'est possible que parce que les pays pauvres n'ont pas les « moyens » d'en utiliser autant, en pro­portion de leur population : ils ne peuvent même pas en dis­poser pour couvrir leurs besoins les plus élémentaires. Comme il n'est pas généralisable à l'échelle mondiale, notre American way of life est donc profondément immoral. Et pour ceux qui refusent d'inclure la morale dans l'économie, disons qu'ils nous conduisent à la mort.

René Dumont, Le Monde diplomatique, octobre 1988.

Par EclecTrip - Publié dans : Actus
Ecrire un commentaire - Voir les 27 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus